lundi 29 mars 2010
L'aube nouvelle...
dimanche 6 décembre 2009
Partir ou rester
Chère amie, Je suis ravie de constater que ton débit d’écriture revient à la normale. Le caillot qui bouchait l’artère s’est enfin résorbé. Tant mieux, ton cœur reprend son rythme habituel. Du moins, aussi régulier puisse t-il être avec la vie que nous menons. C’est que nous le malmenons ce petit cœur, autant que lui envers nous.
J’ai remarqué dernièrement que la vie ne tournait pratiquement qu’autour de deux axes, la vitesse et la normalité. Tout doit aller si vite. Tout doit rentrer dans des cases. Nous sommes si facilement marginalisés. C’en est presque effrayant. Je me suis fait la réflexion cette nuit que la vie est comme un train. Nous pouvons prévoir les choses, acheter son billet à l’avance et s’installer avant le départ. Nous pouvons aussi arriver au dernier moment, sur un coup de tête, comme un élan subit de courage qui nous pousse à nous lancer dans l’aventure. Ou nous pouvons aussi rester assis sur le quai de la gare, à regarder le train partir sans nous.
Ce qui est bien avec la vie, c’est que nous pouvons choisir à tout moment quand nous souhaitons vivre ou ne plus vivre, monter ou descendre du train comme bon nous semble. Ce n’est pas parce que nous avons raté le départ d’un train, même deux ou plus, que nous ne pourrons plus jamais monter à bord du train suivant. Nous aurons droit à autant de chance que nous souhaitons.
Nous avons le droit à l’erreur, et je trouve ça formidable.
Aphasia… Ou le recueil de nos écueils. La promesse d’un billet pour un train futur.
Avec toute mon amitié,
Zyria.
dimanche 22 novembre 2009
Courir, toujours.

Très chère Zyria,
Pour toi, je m’en vais prendre la plume. C’est loin d’être une mince affaire, crois-moi.
Il fut un temps où la frontière de mon esprit n’était pas douane très sévère - les mots n’y étaient jamais inquiétés. Désormais, il semble y avoir un blocage à l’export. Ne me demande pas comment cela est possible, je n’en sais rien moi-même. Le manque de temps m’a plongée dans une autarcie criminelle ; écrire est devenu un luxe.
Mais tu vois, je me le permets aujourd’hui.
Tu dis que la vie est un manège, qu’elle nous désillusionne à chaque tour. Mais… Voudrions-nous seulement en descendre ? N’est-ce pas dans notre nature d’espérer toujours que le pompon nous atteigne ? Et que cherchons-nous en réalité ?
« Au fond, on n’aime pas le bonheur. On tricote soi-même son désespoir, on se donne un mal pour ça !... » Peut-être a-t-il tout compris, celui qui a dit ça. Après tout…
De toute façon, la vérité, c’est que je suis accro à la vie. Elle est trop… elle-même, pour que je puisse lui en vouloir. Alors j’essaie sans arrêt d’accélérer, de rattraper le peloton de tête, et lorsque je trébuche, je me relève aussitôt. Se battre, dépasser ses limites, constamment, c’est le contrat que nous avons signé avec elle ; du moins, c’est ce que je me dis quand je n’ai plus de courage.
Aphasia… Ou l’assurance de courir toujours, même quand la voix nous manque.
Je suis heureuse que nos mots aient cet asile en commun.
Je t’envoie toute mon affection,
L’inconsciente.
Et Aphasia fût...
Ma chère Inconsciente,
J’ai longuement réfléchi à comment commencer cette lettre, quel sujet aborder, le ton à employer… Finalement, je vais laisser mes mains choisir d’elles-mêmes, un peu comme une « étincelle » (je repense à l’exposition sur la subversion des images d’hier où la photographie était assimilée à l’écriture automatique) et je compléterai des passages avec des textes que tu reconnaitras surement.
Aphasia, mélocomatic… Deux mots que nous n’arrivions pas à départager, mais deux mots qui dans le fond ne sont pas si différents que ça. Aphasie, mélancolie, coma… Tous des termes assez tristes, être dans un état comateux à force de chagrin, de regret, de remord du passé, incapable d’en parler, de parler tout simplement...
C’est dur de continuer à avancer parfois. On a l’impression de trainer un poids, trainer sa peine en réalité. Alors est-ce nous qui nous nous trainons aussi lentement ou le monde autour qui se ligue contre nous pour avancer trop vite, pour nous étourdir, qu’on perde nos repères ? Je crois que c’est la vie qui veut ça, [elle] ne nous offre pas ce qu’on mérite. Non pas que nous n’ayons rien fait pour l’obtenir, mais elle refuse tout simplement de nous le donner, comme dans ces manèges où les enfants espèrent toujours décrocher le pompon offrant un tour gratuit, mais que la personne tenant la ficelle se fait un malin plaisir de le relever lorsque des petits doigts l’effleurent. J’ai l’impression que ma vie est un manège sans fin, et à chaque tour, le pompon m’échappe.
Et puis… Il y a ce silence. On a ce désir de se retrouver seul avec soi même, penser sans bruit pour nous perturber, mais le silence peut aussi être cette incapacité à parler, l’absence de mot à mettre sur ce que l’on sent, ou l’absence de mot que l’on attend… Alors oui, ce silence est à la fois apaisant et effrayant, on le recherche et on le fuit en même temps, c’est assez paradoxal.
Aphasia, écrire car l’on ne veut plus parler ou que l’on ne le peut plus.
Oui vraiment, je pense que l’on a bien choisi.
Bien à toi,
Zyria.